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Inspirations
Vous reprendrez bien un café féministe ?
La France est un pays qui compte de nombreuses librairies. Nous sommes également le pays des cafés, lieu emblématique des discussions sur le monde. De nombreux cafés librairies ont fleuri dans les villes.  Pourtant jusqu’ici, peu se revendiquent expressément féministes de façon assumée, comme ce qui peut se faire outre Manche. En France, ce type de lieu peine à décoller. C’est pour cela qu’à Paris, Lucie et Louise se sont associées pour lancer le projet d’un café-librairie nommé COVEN. 

Nous avons discuté avec Lucie et Louise, qui nous ont raconté les racines du projet, dont la campagne de financement se termine bientôt.

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Jusqu’ici, peu de café-librairies se revendiquent expressément féministes de façon assumée, comme ce qui peut se faire outre Manche. Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, les librairies qui assument leurs positionnements féministes le font de manière très ouverte et sans complexe. Ces lieux sont souvent couplés à un “coffe-shop”, qui propose différents types de cafés et de pâtisseries aux heureux clients.

Lucie travaillait dans la restauration et adorait le pouvoir qu’ont les cafés de créer une forme de communauté entre les gens qui partagent un moment ensemble. Louise avait fondé un club de lecture féministe nommé COVEN. Leur rencontre aboutit au match parfait : de la littérature engagée dans un café accueillant et éthique ! 

Le lieu sera un endroit chaleureux pour se retrouver autour de bons cafés de spécialités, de la gastronomie. La nourriture promet d’être également spirituelle, avec une sélection d’ouvrages féministes francophones et anglophones. 

D’où vient l’inspiration du lieu ? 

Lucie: L’inspiration derrière le lieu est plutôt anglo saxonne,  parce qu’en France, les sujets qui nous intéressent à COVEN sont encore relativement tabou (bien que de moins en moins). Il suffit de voir à quel point il est difficile pour certaines organisations, festivals, etc, d’être soutenu par les institutions dès lors qu’elles essayent de mettre en lumières les discriminations systémiques tels que le sexisme ou le racisme d’état (exemple: la première édition du festival Nyansapo, ou encore le boycott de Rokhaya Diallo sur plusieurs plateformes ). De plus, ici, il est difficile de mélanger les genres. Un café est un café et une librairie est une librairie. Rares sont les lieux hybrides qui arrivent à avoir une identité double forte. La France est toujours très attachée à ses façons de faire et il est toujours délicats de tenter de nouvelles choses.

 Ce sont avant tout des établissements Américains qui ont été les premières inspirations derrière COVEN, à commencer par Red Emma’s in Baltimore qui est à la fois un restaurant végétarien, un bar, une librairie féministe, et qui a réussi à devenir un refuge pour les personnes les plus marginalisées, surtout les personnes trans, en situation de handicap, et les personnes en situation de grande pauvreté. À New York, les librairies Café Con Libros, Bluestockings et Housing Works sont dans le même esprit et font un travail admirable.

 

Louise: Au Royaume-Uni, il y a Housmans et Gay’s the Word qui font partis de nos Héros et Ink 84 Books, Pages of Cheshire Street, The Second Shelf et Black Feminist Bookshop ont plus récemment rejoint leurs rang. En Ecosse, Lighthouse Bookshop et Category Is Books font un super travail pour créer des endroits plus safe et solidaires (notamment grâce à un système de “dons au suivant”). 

 

- D’où vient ce nom de COVEN ? 

Lucie: Initialement, il était employé pour décrire les rassemblements de femmes accusées de sorcellerie et le lieu où elles s’y retrouvaient. Plus tard, dans les années 60s et 70s, dans les mouvements de libération des femmes aux États-Unis, les militantes se sont réapproprié le terme pour parler de leur réunion, souvent dans les appartements des unes et des autres. En revanche, je ne pense pas qu’on puisse définir COVEN comme un projet de “sorcellerie moderne”. Bien que je sois très enthousiaste face à la démocratisation de la culture de la sorcière, et de l’idée de connexion spirituelle avec la nature et l’environnement qui en est au coeur, se définir comme sorcière relèvent de l’intime et du spirituel. COVEN est surtout un clin d’oeil à cette culture anti-patriarcale fondée sur le principe de sororité.

 

- Comment définissez vous l’inclusion, valeur chère à Orenda, chez Coven ? 

Lucie: COVEN prône un féminisme intersectionnel  : Un féminisme qui reconnaît l’impossibilité de lutter contre le sexisme et les violences de genre sans déconstruire les discriminations racistes, classistes, homophobes, transphobes, et validistes (liste non-exhaustive). Par “inclusif”, nous souhaitons créer un espace où les personnes marginalisées se savent et se sentent respectées et bienvenues.

 

Louise: On nous a récemment demandé si les familles seraient les bienvenues à COVEN - Absolument! Et bien entendu, nous parlons de TOUS les types de familles! Nous aurons une sélection de livres pour enfants et adolescents, et organiserons des évènements et ateliers ouvert à tous, petits et grands!

- Quel.le.s auteur.ice.s recommanderiez-vous en priorité ? 

Lucie: Cette année, j’ai été bouleversée par The Power de Naomi Alderman, qui pose des questions importantes sur la relation que notre société a aux rapports de force entre les genres. Le livre Afropean de Johny Pitts (dont la traduction française paraîtra en avril) est aussi un des livres les plus importants qu’il m’ait été donné de lire cette année. Et je terminerai par mentionner Akwaeke Emezi. Tout ce que cette personne a écrit est extraordinaire: Freshwater, son premier roman, qui aborde la santé malade ainsi que la non-binarité de genre, et Pet, un roman pour jeunes adultes (YA), qui questionne notre approche de la figure du monstre et des actes dit “monstrueux”. Nous attendons avec une immense impatience son troisième ouvrage The Death of Vivek Oji dont la sortie est prévue pour août 2020.

 

Louise: Cette année, j’ai lu Kindred d’Octavia Butler pour le FBC Paris, une oeuvre de Science Fiction qui fait voyager Dana, le personnage principal, de son Amérique des années 70s à l’Amérique esclavagiste du XIXème siècle. J’ai également été très touchée par Know My Name de Chanel Miller. C’est une plongée sans concession dans le traitement juridique des affaires de viols. Chanel Miller est une excellente autrice (et artiste), capable d’une très grande introspection. C’est une lecture puissante qui nous rappelle que les victimes de viols sont bien plus que leur traumatisme. Et enfin, The Argonauts de Maggie Nelson, qui mélange mémoire, essai, et théorie critique pour mettre à mal les réflections étriquées sur ce qu’une famille devrait être tout en célébrant la beauté des aléas de la vie.