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Portrait de lieux
Les coups de tête de Kath
La question du genre dans le milieu de la coiffure n’est pas anecdotique. Voici le portrait de Kath, fondatrice passionnée d’un salon qui propose les mêmes tarifs pour hommes et femmes.  

S’engager pour l’égalité dans la vie quotidienne peut se faire de manières multiples. Dans la consommation aussi, les inégalités existent : le collectif Georgette Sand milite par exemple pour que cesse la pratique de la “taxe rose”. Cette taxe rose désigne le fait que les femmes paient plus cher pour certains biens ou services, de manière non justifiée. C’est le cas pour les coiffeurs : les tarifs sont en moyenne 46% plus chers pour les femmes pour une même prestation et longueur de cheveux ( selon une enquête réalisée par la CLCV, une association de défense des consommateurs). Chez Bubble Factory, on lutte concrètement contre cela. 

Le salon Bubble Factory a décidé de revoir ses tarifs pour les dégenrer et proposer des forfaits courts ou longs indifféremment du genre.

“au pire on se plante “

Originaire de banlieue parisienne, Kath est alors une ado éprise de liberté. Elle part de chez elle à 16 ans, après avoir passé son CAP coiffure en un an, en candidat libre. La découverte de sa voie lui donne l’énergie pour se lancer. “Avant la coiffure je détestais l’école et à partir du moment où j’ai commencé la coiffure il y a eu un but à apprendre les choses , là je me suis passionnée et j’ai plus voulu arrêter. À l’époque il existait pas d’autres diplômes après mais si j’avais pu faire des études jusqu’à 25 ou 26 ans de psychologie de la coiffure , j’aurais été au max !”

Kath commence ensuite à travailler dans le milieu de la photographie en studio. En parallèle, elle exerce dans des salons de coiffure traditionnels, dans lesquels elle ne se retrouve pas : “Beaucoup de cadres , d’obligations , qui font qu’on perd de l’humain : tu es formé à vendre alors que je voulais créer, ça correspondait pas à l’idée que j’avais de la coiffure…  j’ai même failli arrêter pensant m’être trompée de métier !"

Pour remédier à ses doutes, elle se redirige vers des salons alternatifs, acquérant la liberté qu’elle désire tant au niveau créatif que dans le rapport à ses clients.

Après ces expériences, elle décide d’ouvrir à 23 ans son propre salon : Bubble Factory.

“J’ai décidé de me lancer avec un copain à l’époque qui était un collègue et où on s’est dit qu’on avait rien à perdre à nos âges : on est pas propriétaires , on a pas de famille, pas d’enfants, on est pas mariés … au pire on se plante et on cherche un travail ailleurs. Il y avait pas vraiment de défi dans notre vision de jeune à l’époque !”

 

être utile en étant libre

Depuis toujours, Kath a eu la volonté d’avoir un métier qui permet de prendre soin des autres, de les porter en leur étant utile.

“Je voulais être coiffeuse ou diététicienne, j’ai toujours eu envie d’un métier qui va aider les autres , qui va les porter , où je vais servir à quelque chose pour l’humain en face de moi, c’était assez divers” confie t elle.

Lorsqu’on lui demande les valeurs qu’elle souhaite transmettre, la réponse est immédiate : “La bienveillance , l’empathie et l’amour ! L’empathie car je pense qu’il faut se mettre à la place des autres et l’amour car je pense que si l’on aime pas l’humain on est malheureux ! Je donne de l’amour à mes clients à mes collègues .. si il y a ces trois choses là on ne peut qu’être heureux “. Pour Kath, la bienveillance est une présence active à l’autre pour pouvoir ressentir et prendre soin, ce qu'elle pratique au quotidien.

Elle souhaite pouvoir faire ressortir les personnalités des personnes dont elle s’occupe : “ Avec une coupe, c’est le caractère de la personne qui va ressortir, son charisme. On va toujours être dans le non jugement et la douceur, j’aime englober les personnes.”

Il y a une recherche de liberté et une volonté de sortir des conventions dans sa façon d’appréhender la vie. Pour cela elle a décidé de dégenrer ses tarifs, pour apporter sa contribution aux remises en question des stéréotypes de genre. Kath fait les choses comme elle les ressent : “Petite je voulais être grande parce que je voulais être libre, je pense que depuis que je suis née j’ai besoin d’exploser les cadres”.

Le tarif chez Bubble Factory est donc unisexe et adapté en fonction de la longueur des cheveux : 32 euros pour une coupe courte, 39 pour une coupe longue, 45 euros pour changer de tête. Pour celles et ceux qui le souhaitent, le salon est également spécialisé dans les couleurs et les coupes détonnantes, à l’image des clients de Kath : “J’ai toujours coiffé mes barbie en faisant des crêtes , je les coloriais … mes barbie étaient toutes des punks ! Ma mère en a gardé un carton, on dirait un squat ! Je leur fabriquais des fringues avec des chaussettes… il y a toujours eu cette création et cette envie de créer artistique ; ce style qu’on retrouve sur mes clients aujourd’hui !”

Style non réservé aux plus jeunes, puisque Kath confie avoir la visite de quelques “mamies rocks” au salon. Ce qui colle bien à l’envie de la patronne de balayer les stéréotypes sur l’âge ou le genre.

Le stéréotype qui l’agace ? “Les filles c’est féminin les garçon c’est viril . Je suis la première à bricoler à la maison , mon mec ne sait pas changer une ampoule , et un garçon qui pleure ça me fait complètement craquer ! Ce genre de stéréotypes où on « doit » m’agace.”

Pour rencontrer Kath, pouvoir discuter avec son équipe lors d’un changement de tête ou d’une simple coupe, rendez-vous rue de Charenton !