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Inspirations
Bienvenue à l’Anti Sexism Club avec Meuf Paris
Orenda a rencontré Claire Suco, qui a créé la marque Meuf Paris. Ces vêtements veulent habiller celles et ceux qui les portent d’une bonne dose de confiance en eux.  

Vous pouvez retrouver les t-shirts Meuf sur leur site : https://www.meufparis.com/

 

Meuf revendique de donner du pouvoir à ceux qui portent vos créations;  quelle est votre définition de l’empowerment ?

C’est juste dire aux femmes qu’elles peuvent être qui elles veulent, faire ce qu’elles veulent, peu importe comment elles sont et d’où elles viennent.

Qu’elles ont plus de pouvoir que ce qu’elles pensent et que ce que la société leur laisse penser dans les livres, films, la culture etc.

Les possibilités sont beaucoup plus larges que ce qu’on pense et c’est à nous de prendre ce pouvoir là : si je veux faire du foot, même si on me conseille plutôt la danse par exemple ; sois libre aussi de te maquiller si tu veux, fais le pour toi !

 

Dans votre parcours, vous avez vécu et expérimenté cette liberté :

J’ai un parcours atypique. L’avantage de ne pas avoir un parcours scolaire c’est que je me suis toujours sentie hyper libre. Je ne me mets pas de barrières: par exemple avec Meuf, j’ai appris à créer le site, à utiliser les logiciels pour créer les designs, je ne connaissais rien à l’univers du textile … On vit à une époque où on peut très facilement apprendre par soi même. Internet fait qu’il y a des tutos et de l’aide de partout, il suffit de s'intéresser, d’avoir envie et on peut quasiment tout faire!

Je pense que la société nous met en garde sur ce qu’on ne sait pas faire, d’autant plus quand on est une fille. On pousse beaucoup plus les garçons : on dit aux petits garçons “sois courageux” et aux petites filles “attention, ne te fais pas mal”; donc tu apprends à ne pas prendre de risque et à rester dans un chemin tracé.

 

Aviez-vous pensé à d’autres moyens d’expressions que les vêtements ?

On est en train de réfléchir sur des objets qui touchent les enfants justement, en collaboration avec d’autres marques.

Il y a plusieurs niveaux d’action : les femmes ont déjà entendu et intégré pas mal de clichés, et puis il y a les enfants : les petites filles se dévalorisent d’elles mêmes à partir de 5 ans. Il y a donc clairement des choses à faire : dans Petit Ours Brun, la maman fait la vaisselle pendant que le papa lit le journal dans son fauteuil. Ce sont des choses qu’on voit et qu’on intègre. Le nombre de films ou dessins animés que j’adorais enfant et que je ne peux plus voir maintenant ( à cause des clichés véhiculés ndlr), c’est horrible ! Tu te dis “ à l’époque c’était normal pour moi” et ça ne l’est plus maintenant !

J’aimerais bien aussi pouvoir écrire des livres pour enfants qui soient sans stéréotypes… il faut juste avoir le temps !

 

Il y a des lignes hommes aussi ?

On a pas fait beaucoup de shootings où on voit des hommes porter nos produits, alors que beaucoup sont mixtes au niveau de la coupe donc je pense qu’ils ne s’imaginent pas qu’il puisse les porter...

Sur la prochaine collection on a Tristan Lopin qui porte nos t-shirts. Pour la collaboration qu’on a fait avec Angèle, on a eu beaucoup de commandes d’hommes; peut être le facteur Pierre Niney ?

Il y a des hommes qui ont une vision du féminisme comme un mouvement réservé aux femmes et en ont une fausse image ! Cela change dans les médias petit à petit, quelqu’un comme Angèle a une vision assez rassembleuse…

 

D’ailleurs comment avez vous participé au clip “Balance Ton Quoi “?

On a été repéré par la réalisatrice du clip, Charlotte Abramow, qui nous a contacté sur Instagram parce qu'elle avait repéré notre pull “Anti Sexism Club” qui l’avait inspiré. Au début on devait faire juste des sweats, et puis on s’est super bien entendues donc finalement on a aussi réalisé les shorts, les polos et deux autres produits en plus. Sur notre site, les polos sont partis en trois minutes et les sweats en vingt ! On donne tout les bénéfices de cette collaborations aux associations, moitié à la Maison des Femmes de Saint Denis et moitié à son pendant belge, le 320 rue haute.  Donc c’est super, on s’est dit qu’on aurait dû en faire plus !

 

De quand date votre engagement féministe ?

Ça a toujours été là, sans forcément mettre le mot féminisme au début.

Déjà, mon père m’a répété toute mon enfance qu’il aurait préféré un garçon : j’ai tout de suite senti que c’était plus compliqué. J’ai bossé dans le cinéma, qui a comme tous les milieux ses dérives sexistes : j’étais assistante réalisation et je dirigeais parfois des équipes de quarante ou cinquante personnes, beaucoup d’hommes. Moi j’avais vingt cinq ans, et ils arrivaient en s’étonnant que je sois chargée de les diriger .

Il y a a aussi le harcèlement de rue que j’ai subi comme quasiment toutes les femmes, de façon plus ou moins grave.

J’ai toujours été énervée contre tout ça, et j’ai mis des mots dessus récemment, il y a peut être cinq ans ! Donc pas de déclic particulier, mais à 16 ans déjà, avec des copines on était parties toute la nuit à Lyon en mini jupe et mini haut pour filmer la réaction des gens.

Je me rappelle qu’on avait rencontré un mec qui nous avait dit : “Les filles qui se font violer dans la rue, c’est un peu de leur faute aussi : si tu appelles à l’aide, forcément que quelqu’un vient !”. Je l’ai mis au défi : j’ai commencé à hurler, à appeler au secours dans la rue principale de Lyon en semaine à une heure du matin. Les gens dormaient et je lui ai montré que personne ne se réveillait, personne n’est venu ! Il était un peu sonné en réalisant cela.  

Pour la collection qu’on a fait sur le harcèlement de rue, je suis partie en jupe exprès, en sachant que j’allais me prendre des remarques, pour les noter. Ce n’était pas compliqué :  en une demie journée en jupe, tu te prends des remarques et des regards, qui sont parfois même pire que des mots

 

Quelles sont les thématiques de vos collections ?

Notre première collection c’était les noms de métiers féminisés, avec une thématique d’affirmation et de prise de pouvoir, notre deuxième collection était body positive, pour prendre confiance en son corps et cesser de subir le matraquage de normes; puis on a fait une collection sur le harcèlement de rue, une à Noël qui était très pop culture : on a détourné Harry Potter, Super Mario etc.

 

Comment trouvez vous vos idées ?

Sur le vêtement “cheffe”, l’idée m’est venue car mon téléphone m’a corrigé ce mot et ça m’a agacé ! Sur les idées de messages et slogans  on aimerait aussi pouvoir faire quelque chose avec notre communauté, tous ensemble, ça pourrait être chouette.

 

Vos campagnes sont engagées pour la bienveillance envers tous les physiques, pourquoi ce choix ?

Depuis le début c’était évident pour moi qu’il n’y aurait pas de mannequin pro chez Meuf, car on avait envie de spontanéité, et aussi de corps qu’on ne voit pas habituellement. Les gens qui posent pour nous sont des gens qui nous suivent sur Instagram, c’est un super moyen de les rencontrer !

Lorsqu’on lance un appel à candidature, on reçoit des mails qui nous expliquent pourquoi elles n’ont jamais osé poser avant, alors qu’elles sont toutes supers belles sans être des filles qu’on voit dans les magazines. Quand tu lis les mails, c’est déprimant et super touchant de voir que les normes de beauté font de mal à tant de gens si différents !

Les gens nous disaient :  “Je n’ai jamais fait de candidature pour poser, et je ne le ferai jamais avec une autre marque, mais avec vous j’ai envie, je vous fais confiance”.

Elles avaient vu que sur nos collections précédentes il y avait pleins de corps différents et elles avaient envie de faire partie de ce mouvement qui montre d’autres morphologies, couleurs de peaux, de cheveux … On voudrait le faire de plus en plus.

Après ce n’est pas forcément évident car tout le monde n’ose pas poser, car ils et elles ne le voient jamais ! Par exemple on va faire un shooting ce week-end pour une serviette de plage, on a besoin de filles en maillot et elles ne veulent pas, elles se sentent complexées à part celles qui sont dans la norme. On a besoin de rassurer nos modèles et c’est pas évident. Nos shootings sont plus longs car ce n’est pas des professionnel.le.s qui posent, je fais la direction avec le photographe pour guider les modèles.

C’est quelque chose de très sincère, une jolie mise à nu qui se passe.